Société française d’onomastique
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vendredi 3 septembre 2010
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Stéphane GENDRON, L’origine des noms de lieux en France. Essai de toponymie
dimanche 9 novembre 2008

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(G. TAVERDET)
En écrivant ce livre important, S. Gendron poursuivait le but de donner à un public cultivé, mais pas n écessairemen spécialisé, les moyens de connaître les grandes lignes de la recherche toponymique en France et de faire le point sur les résultats acquis. On peut dire que ce but a été parfaitement atteint. Il fallait en outre un manuel de toponymie pour les derniers étudiants qui se consacrent à ce genre de travaux ; les manuels précédents (P. Fabre, surtout) étaient certes sérieux, mais ils devaient être complétésp ar les travaux récentse t, surtout, ils devenaientd ifficiles à trouver dans le commerce.S ur ce point pédagogique aussi, S. Gendron a réussi. La première partie est consacrée aux généralités et aux méthodes ; tout d’abord, l’histoire de la discipline, souvent liée à l’histoire de la linguistique et de l’étymologie ; et l’auteur nous rappelle quelques étymologies de Platon, pour nous faire comprendre l’importance du chemin qui a été parcouru. Cette partie était indispensable, même si elle peut apparaître quelque peu répétitive aux lecteurs mieux habitués à consulter ce genre d’ouvrage. On y trouve la mention des différents colloquese t congrès qui ont marqué ces dernières annéesLe second chapitre est consacré aux matériaux ; il est bon d’avoir à sa disposition un livre qui donne l’essentiel de la documentation possible ; c’est ici que nous avons trouvé, à notre avis, le point faible du livre : l’absence d’une iconographie et, surtout de cartes, dans un ouvrage consacré à une discipline qui les utilise autant « ( la cartographie est essentielle au toponymiste », lisons-nous p.32) ; certes, ce n’était pas le lieu de reproduire les différentes cartes (Michelin et IGN) utilisées par les toponymistes ; ces cartes sont trop bien connues de tous les lecteurs potentiels et leur reproduction est protégée par des droits d’auteur. Mais on aurait aimé trouver çà et là quelque plan indiquant par exemple la répartition des dunum ou des condate, ou même des formes en -ac sur l’ensemble du territoire ; peut-être même aussi une petite carte des limites linguistiques en France. Tout cela eût été fort utile au lecteur non averti et tout le monde n’a pas en tête les limites du francoprovençal ou du basque. Un ouvrage très récent, le Patrom, portant sur un sujet voisin (l’anthroponymie) a montré l’importance de la cartographie en ce domaine. S.G. en est persuadé et nous pensons qu’il n’a pas eu les moyens matériels de s’exprimer. Le troisième chapitre est consacré au temps et à l’espace ; S.G. nous rappelle justement l’importance de la phonétique historique, peut-être un peu trop rapidement ; tout le monde est d’accord sur ce point ; G. Villette disait qu’on ne pouvait pas faire de toponymie si on n’avait pas compris la filiation entre aquarium et évier ! Peut-être eût-il fallu indiquer dans le chapitre quelque manuel de phonétique ; avec Bourciez et F. de La Chaussée, et même beaucoup d’autres (puisque l’épreuve de phonétique des concours fournit une nombreuse clientèle et que les éditeurs ont multiplié les publications, toutes excellentes), il n’y a que l’embarras du choix. S.G. nous rappelle que ces connaissancess ont indispensables,n e serait-ce que pour débusquer les noms incongrus ; on peut rappeler ici l’erreur de Dauzat au sujet d’Épinac (Saône-et-Loire). Peut-être fallait aussi dire que les toponymistes ont le droit de définir d’autres règles phonétiques que celles qui sont décrites dans les manuels, à condition de procéder toujours par série ! Bref, tous les cas de figures sont abordés, et ce sont autant de difficultés ; on peut envisager des déplacementsd ’habitants ; p is même un nom de lieu peut se déplacers ansq u’il y ait changement des habitants. Et nous avons un long chapitre sur les transferts de toponymes. Un chapitre, fort utile ici, est consacré à la toponymie et à ses relations avec les autres disciplines : histoire, archéologie, littérature. La seconde partie, les grandes étapes de la toponymie, entraînent les lecteurs dans la description classique de la formation de la toponymie française : les substrats, les Gaulois, les Gallo-romains, etc. Tout cela est bien connu des spécialistes, moins des lecteurs possibles du livre, comme les noms des peuples et des dieux gaulois ; Alauna, si fréquente en toponymie, est-elle bien une déesse ? Les celtisants n’en sont plus tellement sûrs. Pour les noms en -acum, on rappelle les réserves de Dauzat luimême ; ainsi, dans le Dictionnaire des noms de lieux de France, les noms des villages en -acum établis sur les rives d’un cours d’eau sont expliqués par le nom de la rivière : Blaisy est le village de la Blaise ; la position change à partir de la lettre M (mise au point par Ch. Rostaing) qui reprend l’étymologie traditionnelle par le nom d’homme. L’anecdote est peut-être amusante pour l’histoire de la toponymie. Pour Montigny, la plupart des toponymistes (Vincent, Morlet) ont éliminé depuis longtemps * Montinius et pensent à Montanius, mieux attesté ; Montigny et Montagny ne sont que des variantes phonétiques (peut-être une petite carte !) Pour les Theo/ali (p. 128), on peut rappeler que Vincent leur rattachait Chauffailles (Saône-et- Loire) ; mais E. Nègre a préféré penser à un bois de modeste qualité, destiné au chauffage. Cette hypothèse,p lus raisonnable,n ous a été conflTlDéep ar la microtoponymie. Et les Sarmates( qui ont bien existé, mais dont les traces toponymiques ne sont pas certaines) n’étaient pas des Slaves (p. 128), mais des Indo-Iraniens( prochesd es Ossètesq, ui font partie de l’actualité la plus récente). Plus loin, il est question de la toponymie médiévale et de l’importance des noms de saints ; peutêtre, compte tenu de leur importance numérique, fallait-il s’élargir davantage sur les renseignements que ces saints peuvent apporter. Sans aller dans la systématique de M. Roblin, certains toponymes sont autrement plus intéressants que la simple vie du saint, comme dans Saint-Nicolas (Côte-d’Or) ou Sainte-Eugénie (Haute-Loire ; il est certes honorable de penser à une sainte martyre, mais plus intéressant de penser à une impératrice du XIX. siècle ; et les années qui ont précédé l’Empire ont vu le développement du culte de sainte Amélie qui n’a cependant laissé aucun nom de commune ! Il est vrai que les deux souverainesc, ette fois directemente t sansr éférenceà la religion, ont laissé leur nom à des établissementsd e bains (p.163). Peut-êtreu n point à développer. Dans les temps modernes, la Révolution (période qui a laissé peu de traces actuelles, mais qui est manifestementl a plus riche en anecdotess avoureusese t en noms fantaisistes)e st largement traitée ; peut-être fallait-il développer plus largement les quelques souvenirs contemporains de la Révolution (p.160) ; S. O. nous cite au sujet de Saint-Sorlin ; nous ajoutons qu’il y a quelque temps j’avais suggéré de revenir au nom ancien, au moins sur les panneaux (non officiels) de la route lamartinienne, puisque Lamartine écrit Saint-Sorlin ; le public mâconnaisf ut convaincu,m ais, à ma connaissancei,l n’y a eu aucune suite, bien que cette innovation ne demandât aucune intervention administrative. La troisième partie, également très classique, a été consacrée à quelques thèmes toponymiques importants,l ’eau, le relief, le milieu végétal, les animaux ; c’était apparemmenlta partie la plus facile à réaliser ; mais la masse des documents à traiter rendait ce travail délicat, puisqu’il fallait au moins citer l’essentiel en quelques pages ; on peut bien sûr douter de telle ou telle solution : Lancôme est-il bien un « orme long », malgré la forme de 1217 (Lunga Ulmo) ? Suit enfm une importante bibliographie ; ce travail (qui occupe plus de 20 pages) était indispensable ; la liste a été arrêtée en 2000 et nous souhaitons que des rééditions du livre donnent à l’auteur l’occasion de continuer au delà de cette date. Bref un manuel indispensable ; mais les toponymistes patentés auront eux-mêmes beaucoup à apprendre de cette lecture toujours agréable. Qui connaissait l’existence de la Fontaine Pie VI/, cette Pissette (hydronyme bien fréquent) rebaptisée après le passage du pape-prisonnier, devenu dans les campagnesle symbole de la résistancec ontre Napoléon ? S.O., a su montrer par là que la toponymie n’était pas obligatoirement une matière austère. Souhaitons que son livre fasse beaucoup pour la vulgarisation des études de toponymie.   OérardTAVERDET