L’importante publication de S. Gendron (540 pages, fonnat A4) appartient à un genre nouveau ; l’auteur prétend en fait publier un véritable dictionnaire topographique de l’Indre, dans la tradition de la collection inaugurée sous le Second Empire (le dictionnaire préparé par H. Boyer n’a jamais été imprimé et on ne peut consulter que sa copie manuscrite aux Archives départementalesd u Cher ; comme nous l’apprend la bibliographie, un résumé a ’été publié en 1926 par Robert Latouche). Le travail de S.G. va donc jouer désonnais le rôle du chaînon manquant dans cette région-charnière de la langue française, puisque une partie de la région linguistique appelée le Croissant (à cause de sa fonne cartographiquee) st incluse dans cette zone berrichonne, Cette frontière linguistique est particulièrement nette en toponym puisque, dans la série des fonnes en -iacum, on observe tantôt des formes en -é, -ay, tantôt des fonnes en -ac (Lignac, par exemple). On va donc trouver ici les fonnes anciennes des noms des communes ou des hameaux importants, comme dans les dictionnaires de la série. Les ambitions de S, Gendron ne s’arrêtent pas là, puisqu’il nous propose en même temps des tentatives d’explications étymologiques ; par exemple, pour Levroux, il reprend l’explication fondée sur la présence d’une ancienne source qui avait le pouvoir de guérir la lèpre (alors que Dauzat avait été dubitatif sur ce point) ; mais S.G. est prudent et conclut : « la tradition qui rattache Levroux à la guérison des lépreux n’est peut-être pas infondée ». La discussion n’est donc pas close, L’autre originalité du livre est l’inclusion dans les listes des fonnes cadastrales (c’est d’ailleurs une reproduction du cadastre de Valençay, - ville où « régna » le prince de Talleyrand -, qui a illustré les pages de couverture ; ce registre de 1810 nous donne le ton). Ceux qui se sont déjà livrés au relevé desf onnes cadastraless aventl e nombred ’heuresp asséesd ans les archives ! On pourra certesr egretter le classementid éologique des formes présentéesic i ; la premièrep artie de l’ouvrage (la moins importante, pages 1-28) est un classement historique des noms principaux, selon les critères généralement admis (fonnations pré celtiques et celtiques, fonnations latines, fonnationsg ennaniques) ; les fonnes qui sont présentéesic i ne sont guère douteuses ; il faut cependant bien sûr admettre l’existence de noms obscurs (p.29). On ne reprochera pas à l’auteur de n’avoir pas proposé d’explication solide pour Vatan, absent jusque là de tous les dictionnaires toponymiques ; il a cependant le mérite de citer une fonne ancienne (Evrardus Vestinnensis, 1017) qui pourrait être le départ de nouvelles réflexions ; en tout cas, le traitement de [w] gennanique en [v] ([w] germanique ou influencé par le gennanique) pose un problème dans cette région, où [gu] est général et une fonne de la même famille que gast est difficile à imaginer dans l’état actuel de nos connaissances. La partie la plus importante de l’ouvrage est constituée par la présentation des formes romanes, issues pour la plupart des infonnations cadastrales (p.33-420). L’auteur a choisi également un classemenitd éologique,c e qui ne nuit nullement à la recherched e telle ou telle fonne, puisque le livre contient un index général.
Bref, un immense travail qui manquait dans cette région ; nous pensons que notre collègue Pierrette Dubuisson, récemment décédée, aurait aimé le consulter ; en tout cas, « le Gendron » restera longtemps dans les bibliographies ; il correspond à un immense besoin, bien sûr pour le cercle réduit des toponymistes ; mais nous osons espérer que ce livre (aidé par le Conseil général de l’Indre) rendra de grands services pédagogiquesà tous les enseignantsq ui pensentq ue les toponymes font partie de notre patrimoine.
Gérard TA VERDET