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DICTIONNAIRE DES TOPONYMES DE FRANCE à l’IGN

6 FICHES ET DOCUMENTS POUR MIEUX COMPRENDRE LA TOPONYMIE :

Recherche et localisation de lieux en France avec un cdrom comportant 1,6 million de toponymes.

Dictionnaire des noms, de Jean TOSTI
Ce dictionnaire des noms de famille comporte au 10 décembre 2007 près de 30 000 entrées, soit pas loin de 120 000 noms différents
comment faire une recherche
mercredi 4 juin 2008

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Conseils méthodologiques

pour les recherches de toponymie

Comme tout domaine de la connaissance, l’étude des noms de lieux, pour être menée

correctement, doit reposer sur certains principes et tenir compte de différentes données.

Ces pages ont pour but de guider les personnes qui souhaitent entreprendre une

recherche toponymique, en particulier sur le territoire d’une commune.

Pour éviter, autant que possible, les pièges qui peuvent se présenter - parfois de façon tout à fait

inattendue - il est indispensable de ne pas se fier aux apparences et de toujours prendre en

considération trois éléments essentiels :
- les formes anciennes des toponymes ;
- la langue employée et ses particularités locales ;
- la réalité des lieux, leur contexte historique et humain.

Un examen rapide de ces règles de base est nécessaire, avant d’aborder les modalités concrètes de

la recherche.

- Les formes anciennes. La forme actuelle des noms de lieux les plus anciens est le résultat d’une

évolution qui a souvent rendu méconnaissable la forme originelle. Cette transformation peut être le

fait :
- soit d’une évolution phonétique normale : Lyon (Rhône) est l’aboutissement de la forme gauloise

Lugdunum, attestée au Ier siècle avant J.-C. ;
- soit d’une déformation plus ou moins accidentelle, notamment lorsque, à un moment donné, la

valeur initiale d’une forme n’a plus été comprise : Saint Chamas (Bouches-du-Rhône) est en fait

un « Saint Amance », puisque noté Sanctum Amantium en 969.

Dans tous les cas, le toponymiste doit s’appuyer sur les formes anciennes qui peuvent exister dans les documents de différentes époques, afin d’essayer de retrouver le nom d’origine et d’en reconstituer

l’évolution.

Pour les localités, comme pour les montagnes et les cours d’eau d’une certaine importance, les

premières attestations peuvent, dans certains cas, remonter à l’Antiquité. En revanche, pour les

microtoponymes (noms de quartiers, lieux-dits), rares sont ceux dont la dénomination actuelle est

antérieure au Moyen Age tardif. Dans ce cas, les formes les plus anciennes seront en général assez

peu différentes des formes modernes ; elles seront néanmoins utiles pour aider à déterminer à quel

moment un nom est apparu.

Il est important de recueillir un maximum de formes anciennes, afin de pouvoir en apprécier la validité

et la représentativité à chaque époque ; on se méfiera donc d’une attestation unique. Après l’an mil

environ, les formes en langue vernaculaire sont préférables aux formes latinisées, car généralement

plus proches du parler réel ; il existe en effet de fausses latinisations, formes pseudo-savantes forgées

par certains scribes embarrassés de traduire en latin des noms locaux qu’ils ne comprenaient plus.

L’exemple le plus célèbre est celui de Bonneuil (Indre), latinisé en Bonus Oculus, « bon oeil » au XIVe

siècle, alors qu’il s’agit d’un nom gaulois *Bonoialon, probablement « le village de la clairière ».

Pour chaque attestation historique relevée, il convient d’indiquer la date et la nature de la tradition

manuscrite et, dans la mesure du possible, de citer un fragment significatif du contexte. Les sources

seront citées le plus précisément possible.

- La langue du toponyme. Il est évident que l’étude des noms basques, bretons, flamands,

alémaniques et franciques n’est pas concevable sans une maîtrise réelle de chacune de ces langues

et de leur évolution historique. Pour les régions de langue romane (français, occitan, catalan,

francoprovençal, corse), si la toponymie est a priori plus compréhensible, on ne peut pas davantage

faire l’économie d’une connaissance approfondie de ces langues, à la fois dans leurs variantes

dialectales actuelles et dans leurs transformations au cours des siècles. En effet, où que l’on se trouve, de nombreux microtoponymes sont issus de noms communs (des appellatifs), parfois spécifiques à une aire réduite.

Il est primordial de rechercher, sous la forme courante - souvent déformée - du toponyme, la forme

authentique, et d’en connaître la prononciation exacte (sans oublier la place de l’accent tonique), qui

peut être déterminante pour éclairer le sens d’un nom.

Reste le cas des toponymes qui ne peuvent être expliqués ni par un mot d’une langue connue, ni par

un nom de personne (il ne faut pas oublier que ces derniers sont nombreux en microtoponymie).

L’explication par une origine prélatine ou, a fortiori, préceltique, ne doit être envisagée que si aucune

autre hypothèse ne convient. La plus grande prudence s’impose lorsqu’il s’agit de langues dont on

ignore tout. Les racines (ou plus exactement les bases) dites indo-européennes et pré-indoeuropéennes

exercent une certaine fascination et sont trop souvent invoquées de façon abusive, car

rares sont les microtoponymes qui ont pu provenir directement de ces couches linguistiques très

anciennes.

Pour éviter ces dérives, il convient de ne pas confondre l’ancienneté du nom en tant que toponyme

dans un endroit donné, et l’ancienneté du mot ou de la racine sur laquelle le mot est formé, selon que

celui-ci appartient ou non au lexique courant. Par exemple, le nom commun baume, issu d’une base

préceltique *bal-, est encore compris et usité de nos jours ; il serait donc absurde de supposer que

tous les lieux-dits La Baume portent ce nom depuis la fin de la préhistoire.

Il peut exister quelques cas de « rhabillage », de ré-interprétation sous une forme romane d’un nom

plus ancien. C’est ainsi qu’un certain nombre de toponymes Cambon ou Chambon, assez répandus

dans le Midi, et compris comme camp bon, « terrain fertile », sont probablement issus du gaulois

cambo, « courbe de rivière, méandre ».

- La réalité des lieux. La connaissance précise de l’endroit dont on étudie le nom est une autre

condition indispensable pour tenter de comprendre ce qui a motivé le nom donné à ce lieu, en ayant

présent à l’esprit que chaque toponyme constitue un cas particulier. Sans cela, l’explication risque de

n’être que pure spéculation. Une vérification sur place, ou auprès d’une personne connaissant bien le

terrain, peut permettre d’éviter d’affirmer par exemple que tel toponyme indique un relief, alors que

l’endroit en question est totalement plat.

Mais la topographie ne peut non plus apporter une preuve absolue ; le toponyme actuel peut conserver

le souvenir d’une végétation disparue ou d’une construction dont il ne reste plus de trace sur le terrain.

C’est pour cela que la prise en compte du contexte humain et de l’histoire locale sont aussi des

éléments importants pour parvenir à une explication plausible.

Il faut donc absolument éviter de plaquer de façon plus ou moins artificielle un mot sur un nom. La

toponymie ne se réduit pas à une recherche étymologique et lexicale, même si cet aspect n’est

évidemment pas à écarter. Il ne s’agit pas seulement de se demander ce que signifie tel nom de lieu,

mais pourquoi tel lieu a reçu ce nom précis.

Enfin, le toponymiste doit savoir que, malgré toutes les investigations entreprises, il restera toujours un certain nombre de toponymes obscurs, pour lesquels aucune explication satisfaisante ne pourra être avancée.

Comment procéder à une recherche toponymique

L’étude de la toponymie d’une commune comprend les noms de lieux-dits et de quartiers, mais aussi

les noms de cours d’eau (hydronymes), de hauteurs (oronymes), de chemins et de rues (odonymes).

Le nom de la localité elle-même, avec ses formes anciennes, a souvent été déjà étudié dans des

ouvrages généraux (voir bibliographie) ; certaines des étymologies proposées sont toutefois sujettes à

caution. Ne pas oublier de mentionner le nom des habitants (le gentilé) sous sa forme officielle et sous sa forme locale.

La première tâche consiste à recenser, de façon aussi exhaustive que possible, tous les toponymes

encore en usage, et à recueillir un maximum de données sur eux. La recherche doit s’orienter vers les

documents et les personnes susceptibles de fournir des informations :

- Documents cartographiques et écrits (manuscrits ou imprimés), notamment :

- cartes détaillées : cartes de l’IGN au 1 / 25 000, plan cadastral actuel, plan cadastral dit

« napoléonien » (début du XIXe siècle), carte dite de Cassini (fin du XVIIIe siècle), etc.
- archives : cadastres anciens, livres terriers et compoix (classés dans la série CC des

Archives communales et dans les séries E, F, G, H et J des Archives départementales en fonction de

leur provenance), actes notariés (déposés aux Archives départementales au bout de cent ans, où ils

intègrent la série E), éventuellement chartes et livres de comptes plus anciens.

Ces documents révèleront aussi un grand nombre de toponymes tombés dans l’oubli, dont la

localisation sera parfois difficile, voire impossible.

Les registres d’état civil et, antérieurement, les registres paroissiaux, seront utiles pour vérifier la

présence d’une famille qui, en tant que propriétaire d’un lieu, a pu lui donner son nom (mais les

registres paroissiaux n’apparaissent qu’au début du XVIe siècle, et la fixation d’un nom en tant que

toponyme a pu intervenir bien avant).

Des connaissances en paléographie sont nécessaires pour la lecture des manuscrits anciens, quelle

que soit la langue employée.
- documents imprimés : outre les études d’histoire locale, consulter les éditions de documents

médiévaux, que l’on trouve en particulier dans la Collection de documents inédits sur l’histoire de

France, éditée par le Comité des travaux historiques et scientifiques, ou dans la série Gallia christiana,

dont les textes sont classés selon les anciens archevêchés. Ces ouvrages sont généralement pourvus

d’un index des noms propres. On peut aussi consulter les recueils d’inscriptions antiques, mais il faut

savoir que la présence de microtoponymes dans les documents antérieurs au Moyen Age est rare, et

leur recherche forcément aléatoire.

Les Dictionnaires topographiques départementaux, publiés depuis la fin du XIXe siècle, qui recensent

tous les noms de lieux et leurs formes anciennes, sont également très utiles, mais ils n’existent à ce

jour que pour une trentaine de départements.

- Enquête sur la tradition orale. Il s’agit d’un aspect tout aussi important que le précédent. Les

questions doivent porter sur la localisation précise des toponymes (celle donnée par les cartes étant

parfois approximative), sur leur usage réel, sur leur prononciation exacte. Cette enquête permet aussi

de recueillir des noms, parfois anciens, qui ne figurent pas dans les sources écrites.

Pour que les renseignements collectés soient fiables, il est essentiel de s’adresser à des personnes

connaissant bien les lieux et le parler local. Ces personnes deviennent malheureusement de plus en

plus rares, du fait de l’évolution sociologique et démographique de beaucoup de communes. Un nom

de lieu mentionné par un seul informateur doit être, au même titre qu’une forme ancienne unique,

considéré avec prudence. Les données recueillies peuvent parfois se révéler contradictoires.

Les noms collectés seront reportés sur une carte simplifiée du territoire étudié, en établissant un

carroyage pour les localiser facilement.

Tous les renseignements rassemblés doivent permettre d’établir, pour chaque toponyme, une notice

comportant :
- sa ou ses dénominations administratives (cadastre, cartes, etc) ;
- son nom local (dans l’orthographe de la langue régionale) ;
- sa prononciation (de préférence au moyen de l’alphabet phonétique international) ;
- ses formes anciennes (avec la date et la référence des documents) ;
- sa localisation sur la carte ;
- ses caractéristiques, et tous renseignements utiles le concernant ;
- sa signification, et ce qui a pu motiver le nom donné.

Cette dernière rubrique doit faire l’objet d’une réflexion approfondie, en prenant en compte les trois

principes indiqués au début, afin de donner du toponyme une explication rationnelle et bien

argumentée.

Si l’étude est destinée à être publiée, le classement alphabétique des notices est le plus commode

pour la consultation, mais il est intéressant d’y adjoindre un classement thématique, éventuellement

sous la forme d’un tableau, regroupant par exemple les noms se rapportant au relief, à l’eau, à la

végétation, aux noms de personnes, etc.

Quelques ouvrages de base

Etudes générales :
- ROSTAING, Charles. Les Noms de lieux. 12e éd. PUF, 1997 (Que sais-je ? n° 176).
- GENDRON, Stéphane. L’Origine des noms de lieux en France : essai de toponymie. Errance, 2003.

Méthodologie :
- EICHLER, Ernst et al. : Les Noms propres. Manuels de linguistique et des sciences de

communication, vol. 11/1-3. De Gruyter, 1995-1996.
- MÜLLER, Wulf : Le travail du toponymiste romand. Nouvelle revue d’onomastique, 33-34, 1999.
- POIRIER, Jean. Toponymie : méthode d’enquête. Presses de l’université Laval (Québec), 1965.
- LEBEL, Paul : Principes et méthodes d’hydronymie française. Les Belles Lettres, 1956.

Dictionnaires toponymiques généraux :
- DAUZAT, Albert et ROSTAING, Charles. Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France.

2e éd. Guénégaud, 1984.
- DAUZAT, Albert, ROSTAING, Charles et DESLANDES, Gaston. Dictionnaire étymologique

des noms de rivières et de montagnes en France. Klincksieck, 1982.
- NEGRE, Ernest. Toponymie générale de la France. 3 volumes. Droz, 1990-1998.
- DEROY, Louis et MULON, Marianne. Dictionnaire de noms de lieux. Le Robert, 1992.

Etudes de toponymie régionale :
- Une série de livres récents, parus aux éditions Bonneton (Bourgogne, Bretagne, Cévennes, Franche-

Comté, Gascogne, Ile-de-France, Languedoc, Limousin, Normandie, Pays basque, Picardie, …)
- Pour l’ensemble du domaine occitan, l’ouvrage de Jacques ASTOR : Dictionnaire des noms

de familles et noms de lieux du midi de la France. Ed. du Beffroi, 2002.

Bibliographie :
- MULON, Marianne. L’Onomastique française : bibliographie des travaux publiés jusqu’en 1960.

Archives nationales, 1977.
- Idem, pour la période 1960-1985 : Archives nationales, 1987.

Ces deux recueils, qui recensent des milliers de références classées par domaine linguistique et par

département, avec un index des termes étudiés, constituent une mine pour le chercheur. Pour les

études parues postérieurement, voir sur le site Internet de la Société française d’onomastique.

Aspects linguistiques et dialectaux :
- PEGORIER, André : Glossaire de termes dialectaux. 3e éd. IGN, 2006. Consultable sur le site

Internet de l’IGN : www.ign.fr
- Les atlas linguistiques régionaux, publiés par le CNRS, sont des outils de grande valeur pour

connaître avec précision les termes locaux et leur prononciation actuelle.

Noms de personnes :
- MORLET, Marie-Thérèse. Dictionnaire étymologique des noms de famille. Perrin, 1997.

Paléographie :
- AUDISIO, Gabriel : Lire le français d’hier : manuel de paléographie moderne, XVe-XVIIIe siècles.

Colin, 1991.
- GUYOTJEANNIN, Olivier et al. : Diplomatique médiévale. Brépols, 1993.
- STIENNON, Jacques : Paléographie du Moyen Age. Colin, 1973.

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