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COMPTES RENDUS
Le Cartulaire de Bigorre (XIe-XIIIe siècle), édité par Xavier RAVIER
en collaboration avec Benoît CURSENTE. Paris : C.T.H.S. 2005. XCVI-319 p. et CDRom. (Collection de Documents inédits sur l’Histoire de France. Section d’Histoire et Philologie des Civilisations médiévales, série in-8°, vol. 36).
Les éditeurs de ce cartulaire sont depuis longtemps reconnus comme spécialistes du domaine gascon. Faut-il le rappeler, Xavier RAVIER, philologue et dialectologue, a publié l’Atlas linguistique et ethnographique du Languedoc occidental, après avoir participé à l’élaboration, avec Jean SÉGUY, puis Jacques ALLIÈRES, de celui de la Gascogne. Benoît CURSENTE, historien de la Gascogne médiévale, a accepté de collaborer à l’édition du cartulaire de Bigorre, ce qui, affirme Xavier RAVIER, a permis de la mener à bonne fin. Les deux auteurs sont directeurs de recherche honoraires au CNRS. Le volume s’ouvre sur un rappel substantiel de l’histoire de la Bigorre, rappel étayé des matériaux fondamentaux grâce auxquels seront mises en contexte les données fournies par le cartulaire.C’est ainsi que, la plupart des actes du cartulaire étant non datés, il faut le plus souvent se référer au comte régnant pour pouvoir proposer une fourchette de datation. Le Cartulaire de Bigorre nous est parvenu dans trois manuscrits : deux, désignés dans l’édition Pa et Pb, sont réunis dans un même registre conservé aux Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques ; le troisième, désigné B, se trouve à la Bibliothèque municipale de Bordeaux. C’est le manuscrit Pa qui a été choisi comme texte de référence : il est publié p. 3-122 du volume et repris sur le CDRom joint à l’édition imprimée. Le CDRom comporte, en outre, un Index nominum, index onomastique général, et aussi la traduction en français de plusieurs des actes rédigés en langue vernaculaire. Car le cartulaire est particulièrement important pour l’histoire linguistique du gascon. Il ne comporte que 79 actes, mais, indépendamment de difficultés concernant l’interprétation du document – livre censier ou cartulaire ? la question est discutée p. XXXVIII-XLIII, et résolue – la langue des actes a fait l’objet d’un examen approfondi, d’où il ressort que trois types sont à distinguer : le latin proprement dit ; une lingua mixta où l’écriture est latine, mais comportant une forte proportion de mots romans ; et le gascon intégralement employé déjà dans la charte VII (p. 21-22). Cette charte, datée de 1114 environ, peut désormais être considérée comme le plus ancien témoignage d’un texte narratif en gascon. Quant à la lingua mixta (concept très neuf), elle permet de reconsidérer sur le vif le passage du latin à la langue romane naissante. X.R., philologue parfaitement conscient des problèmes inhérents à toute transcription de textes anciens, s’est longuement expliqué sur les règles qui ont guidé ses options ; notamment en ce qui concerne le traitement des noms propres : agglutinations, usage ou non de la majuscule, développement des abréviations, etc. L’onomasticien lira avec profit ces pages (LXXIII et suivantes) fondées sur une longue pratique du document ancien. L’auteur a procédé à un examen minutieux des graphies et du matériel lexical. Car si la scripta romane « avait en grande partie conservé les graphèmes latins, elle avait fait endosser à plusieurs d’entre eux des valeurs nouvelles ». Cet examen donne lieu à des pages éclairantes sur des traits particulièrement représentatifs de la langue en évolution : évolution de a latin, valeur des graphèmes u et i, traitement des démonstratifs (latin IPSA > za, ILLE/ILLA > et, era), pour n’en citer ici que quelques-uns. Le résultat des observations attentives de X.R. est rassemblé dans un Glossaire des formes gasconnes contenues dans les actes du Cartulaire de Bigorre (p. 125-277), véritable dictionnaire étymologique comportant d’importantes notices d’ordre lexical (carraIs, combridi, etc., ou encore casal, déjà présenté lors du Colloque du Teich organisé en 2003 par la Société française d’Onomastique. On se reportera aussi à l’article de X.R. sur les mots fondamentaux du lexique du peuplement paru dans la NRO de 1998). Notices également d’ordre morphologique (son, sos) ou syntaxique (en, que), etc. Précieux matériaux pour l’étude du gascon médiéval. Le glossaire est suivi (p. 281-293) d’une liste des Localités et noms géographiques cités dans le Cartulaire et encore existants. Le toponymiste y trouvera notamment de pertinentes discussions sur l’étymologie du type Argelès et sur l’interprétation du nom Maubourguet. Il aura aussi la bonne surprise d’apprendre, à la lecture, dans le CDRom, de deux annexes à l’Index nominum dues à Jean-François LE NAIL, directeur des services d’Archives départementales des Hautes-Pyrénées, que l’une de ces deux annexes (Les graphies du nom de Lexivac) est la reproduction d’un article rédigé par J.-F.LN « pour son Dictionnaire de géographie historique des Hautes-Pyrénées (en cours d’élaboration) ». Il appartiendra aux divers spécialistes de la langue gasconne de se prononcer sur tel ou tel détail du texte, sur tel ou tel parti pris. Mais on peut affirmer d’ores et déjà que les dispositions adoptées en ce qui concerne les transcriptions et la mise en oeuvre des matériaux font de cette publication un modèle du genre. Marianne MULON
GENDRON, Stéphane. La Toponymie des voies romaines et médiévales
(les mots des routes anciennes). Paris : Errance. 2006. 200p. (environ).
Les moyens de communication, et tout particulièrement les routes, sont des motivations essentielles dans la formation des toponymes. On a même créé le terme odonyme (le français ayant la particularité de ne pas écrire le [h-] dans ce terme grec qui commence cependant par un esprit rude ; LITTRÉ constate et condamne cette absence, mais l’usage du XXe siècle ne le suivra pas !) pour désigner les noms qui nous viennent de la route. Actuellement, on étudie tout particulièrement l’odonymie urbaine, la partie la plus productive de la toponymie européenne et celle où l’on daigne consulter parfois les toponymistes, en dehors des problèmes d’étymologie pure. Cet intérêt (fort justifié) pour la toponymie urbaine fait souvent oublier qu’il existe une toponymie plus ancienne qui a son origine dans les routes. Certes, on trouve dans la plupart des travaux de toponymie des estrées que l’on explique fort correctement et depuis longtemps par le latin STRATA, mais il n’existait à notre connaissance aucun travail de synthèse facile à consulter (l’excellente thèse de H.-J. NIEDEREHE (1967. Straße und Weg in der galloromanischen Toponomastik. Genève : Droz.), déjà ancienne, est rédigée en allemand, ce qui écarte malheureusement une bonne partie des lecteurs français). Cette absence de documentation était fort préjudiciable à tous ceux qui ne sont pas spécialistes de toponymie ; nous pensons bien sûr aux étudiants, mais aussi aux archéologues et aux historiens qui avaient besoin de cette synthèse. S.G. vient donc de combler un vide important. Le plan du livre est le suivant : chapitre I : Histoire et méthode : l’auteur rappelle l’évolution de l’odonymie et présente sa méthode de recherche ; II : les odonymes : S.G. passe en revue les différents termes qui ont formé le nom de la route : via (fr. voie) ; chemin : ce terme (d’origine gauloise) a été d’usage courant pendant le Moyen Âge ; c’est aussi le terme de loin le plus fréquent en français classique (route n’apparaît que trois fois chez RACINE) et ce n’est qu’au début du XIXe siècle que s’impose route avec son sens moderne (STENDHAL semble préférer encore chemin). Les autres termes ont laissé des traces surtout en microtoponymie, comme cavée et sa variante chavée ou levée. Les pouges ne sont pas obligatoirement des odonymes ; rue apparaît surtout comme second élément. Ajoutons bien sûr que route, sentier ; chalée nous montre que ce terme, odonyme aux origines, a pu avoir des sorts sémantiques divers. En Bourgogne du sud, c’est le chemin dans la neige ; plus au nord, c’est la trace de l’escargot. L’auteur ne nous semble avoir oublié aucune des réalités de la route. Peut-être FENESTRA « col » aurait mérité une mention, à côté de pertuis et des ports, fréquemment cités dans les chansons de geste. Ce type a laissé des traces dans les Alpes et peut-être même en Saône-et-Loire. Peut-être on aurait pu signaler, toujours en ce sens, des dérivés de FURCA, fréquents dans les Alpes. Un paragraphe important est consacré aux chemins ferrés ; peut-être fallait-il signaler les ferrières qui sont parfois des mines de fer, mais qui peuvent être aussi d’anciennes routes romaines. Certaines chaussées peuvent être assez récentes ; dans les textes médiévaux, la chaussée désigne plus particulièrement la digue qui traverse la zone marécageuse qui protège certains châteaux. Pour les charrettes (p. 57), il convenait de rappeler que certaines charettes (avec un seul [r]) sont des chutes d’eau, liées au moulin (de CATARACTA). Pour le toponymiste, la différence est évidente. Le sera-t-elle pour tous les lecteurs ? Avec PETROMANTALUM (p. 58), nous abordons une des couches les plus anciennes de l’odonymie. La phonétique rend assez difficile la filiation de mantalon et de Malay. Mais on pourrait peut-être regarder du côté de Mantry (Jura) et même de Nitry (Yonne). L’Étoile (Jura) (p. 64) n’est probablement pas un toponyme routier ; le nom – qui demeure encore mystérieux – est peut-être le souvenir d’un ancien bâtiment (auberge ?). En revanche, nos noms de place et nos carrefours forestiers nommés étoile sont évidents. Pour RITUM, peut-être pensera-t-on à Renève (Côte-d’Or) ? Pour la série sémantique des ponts, on pourrait ajouter *VOLVITA qui apparaît dans certaines Voûte, peut-être aussi dans Voutenay (Yonne) et dans Voudenay (Côte-d’Or). Fin (p. 87) montre bien la difficulté de la toponymie : la strate la plus ancienne de FINIS a certes désigné les frontières, alors que la strate la plus récente a désigné des terrains cultivables. Au début du XVIIe siècle, les moines de Cîteaux divisent le nouveau village de Saint-Nicolas (Côte-d’Or) en sections appelées fins. Mais S.G. nous fait comprendre toutes ses difficultés et c’est le grand mérite de son livre. Dans les marchés, les Gaulois ont joué un rôle important. -MAGUS (p. 90) appartient à cette série (dont l’Augustomagus que nous avons cru trouver en Saône-et-Loire dans Authumes) ; mais, de plus en plus, les celtisants préfèrent comprendre les DURUM (p. 135) également comme des marchés (voir les travaux de J. LACROIX). Ce chapitre mériterait à être légèrement revu dans ce sens, sinon pour résoudre la question, du moins pour la poser ! P. 98, on signale la sémantique ambiguë de forge. Signalons les favorges de la Bourgogne et de la Champagne (de *FABERICA) ; le terme est présent chez Chrétien de Troyes (Cligès 4033). Avec la mention des autres ateliers (poteries, tuileries, p. 100), nous nous éloignons un peu des routes. Mais nous y revenons avec les auberges. À la série des canabas, peut-être ajouter le dérivé Cheneroilles (Côte-d’Or), à proximité de la voie romaine Langres-Autun. Il était difficile de ne pas parler des Maisons-Rouges (p. 104), un classique de l’odonymie ; le thermalisme (p. 109) a pu favoriser la création des routes, d’où sa présence ici. P. 112, Grannos est parfois considéré aujourd’hui comme un Neptune gaulois. Il veille aux passages des gués (d’où *GRANNORITUM, auj. Grannod (Saône-et-Loire) et porte barbe (comme l’indique son nom qui annonce l’ancien français grenon). Bref, un nom à creuser ! Avec les constructions (châteaux et autres fertés), nous sommes loin des routes, même si les châteaux étaient souvent destinés à protéger (ou à interdire) les passages. En revanche, Montjoie nous semble bien routier ; mais il eût été souhaitable de signaler ici la longue querelle étymologique entre les partisans du Mont de la Joie et les partisans de l’origine germanique *MUND-GAWI. Peut-être un rapport avec Gouy (forme picarde) qui, d’après la carte, est sur la voie Amiens-Beauvais (S.G. reproduit la carte p. 151) ? On passe ensuite aux personnages légendaires. La partie la plus intéressante est celle des entités religieuses, comme Ep(p)ona ou Mercure (p. 135s.) ; peut-être citer également Neptune ? S.G. nous rappelle que les saints chrétiens ont pris le relais des dieux païens, comme saint Éloi, avatar d’Epona ; peut-être fallait-il rappeler aussi, dans les jeux de la paronymie, saint Pierre, saint Chéron et même sainte Flamine, dans les environs de Davayat (Puy-de-Dôme) ou sainte Colombe (citée p. 82) ? Pour les sarcophages (p. 147), on peut ajouter sans doute Charcuble (Saône-et-Loire), maltraité par la phonétique locale. Mais le travail de S.G. est trop riche pour que nous puissions tout dire ici. Il a ouvert la voie d’une recherche où il y a encore beaucoup de choses à exposer et cette excellente synthèse est un encouragement à aller plus loin. Il y a très certainement d’autres odonymes qui mériteraient d’être cités ici. À nous tous de les découvrir. Gérard TAVERDET
HERBILLON, Jules. Notes de toponymie namuroise. Liège-Namur
: Société de Langue et de Littérature wallonnes et Le Guetteur wallon. 2006, 158 p.
Même si le contenu de ce livre est constitué de textes déjà publiés et connus des toponymistes, c’est toujours avec une certaine émotion qu’on relit les textes du grand toponymiste de la Wallonie. Jean LECHANTEUR a recueilli ici de nombreuses études (210 au total) rédigées par J.H. et dispersées par le hasard de la publication, ce qui est souvent le cas en toponymie (même si en cette occurrence, tous ces textes ont été publiés dans une même revue, le Guetteur wallon, de 1968 à 1987). Parmi les noms étudiés, beaucoup peuvent nous apporter des solutions ou du moins des points de comparaison sur des problèmes français (c’est encore plus vrai pour les régions de France proches de la frontière belge, comme les Ardennes). Par exemple, dans les dérivés de néflier (2), on apprend que le wallon a conservé çà et là le [m] initial, exactement comme la plupart des parlers francoprovençaux ; il existe probablement une connivence des parlers périphériques, ne serait-ce que par le conservatisme. Pour les dérivés de –ELLU, (7), la forme en –ia est certes typique des parlers wallons ; mais on la retrouve à Dijon où elle n’a pas laissé (du moins à notre connaissance) de traces toponymiques, sinon dans les formes locales notées officiellement –eau, par exemple le Sureau (en patois le seuriâ ; non pas l’arbre, mais le talus). L’article 9 est un rappel du caractère récent de menhir ; la France du XIXe siècle l’appelait pelvan, du moins dans l’Ouest roman (c’est le vrai nom breton et LITTRÉ le signale encore). Les toponymies locales présentent de longues listes de types qui ont désigné les mégalithes (le plus souvent des dérivés ou des composés de pierre). 21 : J.H. rappelle la survie de goupil en toponymie (« la toponymie, véritable musée de la lexicologie », p. 34) ; on pensera évidemment aux Verpillères de la Bourgogne et de la Savoie. 190 : pour J. H., Velaine vient bien de VILLANA ; on trouve assez souvent en France des formes anciennes Velaigne qui sont dues à une évolution phonétique secondaire et non à *VILLANEA ou *VILLANIA. Il n’y a aucune raison de les séparer du type décrit en wallon. Nous ne ferons pas une revue de détail pour ces textes souvent déjà publiés ; mais les lecteurs, quelle que soit leur région, trouveront ici une mine de comparaisons toujours fructueuses. Merci à nos collègues belges d’avoir mis ces textes à la disposition des lecteurs. Gérard TAVERDET
LEBEDYNSKY, Iaroslav. Les Indo-Européens
(faits, débats, solutions). Paris : Errance. 2006, 222 p.
Le sujet est d’importance, mais difficile à traiter. On sait trop bien que la question des Indo-Européens a été dévoyée – ô combien – par les théories perverses de la première partie du XXe siècle. On a voulu voir dans ces peuples une sorte de peuple élu, de race prédestinée avec une civilisation supérieure, devant éliminer les autres peuples de la surface de la terre. Cette exploitation idéologique rend souvent le sujet difficile à aborder. L’auteur a bien évité ce piège. Le problème indo-européen est d’abord une question linguistique et ce sera le premier volet de l’ouvrage ; on sait que c’est par la linguistique qu’on prendra d’abord conscience d’une communauté très ancienne, dont les langues, au fil des âges, ont éclaté en différentes branches. C’est donc logiquement que les premiers chapitres sont consacrés aux langues : au XVIe siècle, les voyageurs érudits prennent contact avec les langues de l’Inde et constatent leur apparentement avec les langues classiques de l’Europe. Au chapitre II, l’auteur passe en revue les différentes langues indo-européennes. Ces faits sont bien connus des spécialistes, mais il n’est pas inutile de les rappeler au grand public cultivé à qui le livre est destiné. Pour le celtique (l’ouvrage est aussi destiné principalement aux Français), il eût peut-être été bon de rappeler (très rapidement) les dates de disparition du gaulois (du moins les plus communément admises) ; et le gaulois survit peut-être à travers une partie non négligeable de la toponymie française, même si le français est une langue purement romane (mais dans ce domaine et chez le même libraire, il existe les travaux de J. LACROIX). Et (p. 20), dans Sequana, nous n’avons pas obligatoirement une labio-vélaire ; on pourrait penser à *SEK-WANA, comme dans *MED-WANA (Maine, Mayenne). Pour terminer, I.L. signale les « super-familles » de langues ; aucun classement n’a été jusqu’ici purement convaincant. Il égratigne au passage les travaux de Merrit RUHLEN (de façon générale, les spécialistes des langues anciennes ont du mal à suivre cet auteur américain ; p. ex. Pierre MONTEIL, « Temps perdu […] à la recherche d’une langue perdue », in : Éclats des lumières. Dijon 2001). Bref, chacun d’entre nous pourrait apporter une pierre au bêtisier de M. RUHLEN (pour I.L., c’est dog « chien », présent aussi bien en anglais que dans les langues des aborigènes d’Australie). Le troisième chapitre (p. 42) est consacré à la reconstruction de l’indo-européen. On nous rappelle avec humour la fable de SCHLEICHER qui avait réinventé, à partir des documents anciens et modernes, un petit texte dit indo-européen. Autant reconstituer le latin à partir des langues romanes modernes ! Aujourd’hui, ces textes font sourire, mais il convenait de les rappeler pour nous faire connaître la longue recherche des linguistes. Les laryngales raviveront chez de nombreux lecteurs le souvenir ému (le terme est peut-être un peu exagéré) des cours de philologie classique, avec le rappel traumatisant de ces consonnes hypothétiques au nombre imprécis, aujourd’hui écrites H (ce qui facilite le travail du typographe). À propos, le au de traumatisme aurait pu s’expliquer, du moins à une certaine époque, par un H6 ! Quoi qu’il en soit, les racines reconstituées donnent bien à l’indo-européen une apparence algébrique, comme le signale I. L. Il y a toujours une grande part d’hypothèse dans ces reconstructions. Heureux romanistes qui peuvent affirmer (dans l’unanimité et sans faire rire) que la racine –ed (« manger », all. essen) est bien présente dans l’espagnol comer et que la racine sew est bien présente dans le français coudre ! Le chapitre V est consacré aux théories de Georges DUMÉZIL. On sait qu’à partir des langues et des triades divines, cet auteur a cru dégager la structure des anciennes sociétés. Mais la théorie tripartite reste une théorie ; le tripartisme n’est pas nécessairement la preuve d’un caractère indo-européen ; on retrouve en effet cette structure dans les États généraux de la France d’Ancien régime ; on la retrouve aussi bien dans les trois ordres pascaliens ! Le chapitre VI est consacré aux essais de reconstitution d’une culture indo-européenne. Et I.L. nous montre bien les difficultés de la question. Dans une troisième partie, on passe au dossier archéologique, le plus neuf sans aucun doute ; on a si longtemps affirmé que l’indo-européen n’était que l’inconnue d’une équation linguistique et qu’on n’avait jamais trouvé de poteries indo-européennes. Ce débat nous touche un peu moins, puisque les chercheurs sont d’accord sur ce point : l’Europe occidentale n’a jamais été considérée comme le point de départ de l’expansion des Indo-Européens, alors que beaucoup de régions, du Rhin au Gange, ont revendiqué cette gloire ; ce n’est donc pas de notre côté atlantique qu’il faut chercher une solution. La France a été occupée par trois ou quatre peuples indo-européens (les Celtes, les Latins, les Germains et, à un moindre degré, les Grecs), mais rien ne prouve que les Celtes ont été les premiers des peuples indo-européens. Les toponymistes connaissent bien cette origine multiple des racines et une bonne partie de leurs désaccords actuels viennent de leurs hésitations. Notre bête faramine (des provinces de l’Est) est-elle burgonde ou tout simplement grecque (comme phénomène, dans une région où Benignus devient Beroin) ? Nous suivrons donc l’auteur sur les pistes de l’Asie et de l’Europe slave et nous abandonnerons la « vieille Europe ». I.L. rappelle qu’on a essayé de délimiter le territoire primitif par les noms de certains animaux, comme le castor ; mais cette racine (latin FIBER) désigne-t-elle bien partout le même animal ? On la retrouve peut-être aussi dans les célèbres fourmis d’Hérodote (voir notre étude : « Le mammouth et la fourmi », in : Cahiers de linguistique analogique, n°1, Dijon 2003). D’autre part, les recherches anthropologiques sont assez décevantes et nous ne sommes qu’aux débuts de la génétique. On peut rappeler que les Guadeloupéens (au nom arabe !) et les Moldaves sont des peuples bien différents et pourtant ce sont des peuples romans ! Dans le chapitre VIII, I.L expose la théorie des kourganes (mot d’origine turque désignant un tumulus funéraire). Cette théorie élaborée par la lituanienne M. GIMBUTAS permet de reposer la question des origines et de voir le foyer primitif dans le sud de la Russie. Le chapitre IX est consacré au passage de la communauté aux peuples historiques ; dans ce domaine aussi, il reste de nombreux points d’interrogation. À la fin de l’ouvrage, on trouve un petit atlas (dont I.L. souligne l’imprécision) qui délimite les territoires des différents peuples. Bref, un excellent livre qui fait le point sur la question, sans prétendre apporter de solutions toutes faites, tant les problèmes sont complexes. I.L expose en même temps les théories dépassées et les hypothèses qui demanderaient à être vérifiées. Une lecture agréable et enrichissante pour tous. Gérard TAVERDET
HERRMANN, Pierre. Itinéraires des voies romaines de l’Antiquité
au Moyen Âge. Paris : Errance. 2007.
Quand on sait l’importance des routes dans la formation de notre toponymie, on pourrait espérer, avant même d’avoir ouvert ce livre de 275 pages, trouver nombre de solutions à certains de nos problèmes encore en suspens. Mais l’étude de M. HERRMANN n’est pas une étude de toponymie. Ce qui ne veut nullement dire que ce livre soit sans intérêt aucun pour nous. L’auteur fait d’abord le point sur les différents « itinéraires » antiques qui nous sont parvenus. Les plus intéressants sont les fameux gobelets de Vicarello, puisque ce sont les seules pièces originales (même si nous savons mal à quoi ils pouvaient correspondre et que nous devons nous en tenir à des hypothèses), alors que les autres documents sont des pièces recopiées (comme les Itinéraires d’Antonin et la table de Peutinger ; ce qui ne veut pas dire que les renseignements proposés soient nécessairement faux, mais un doute scientifique s’impose). P.H. met également en doute certaines des informations apportées par les bornes (dites milliaires, puisqu’il préfère le terme volontairement plus imprécis de « routière »). La plupart de ces bornes sont aujourd’hui dans des musées et le lieu de leur découverte ne nous est pas connu avec précision, ce qui interdit tout espoir de rigueur dans les calculs routiers (et en supposant que le lieu de découverte soit bien connu, nous ne savons pas si ce lieu était le lieu antique et on peut toujours supposer quelque déplacement fortuit entre la fin de l’Antiquité et le temps de la redécouverte). P.H. rappelle (p. 9) que les méthodes archéologiques applicables aux monuments bâtis ne sont pas valables pour les routes, soumises à une détérioration (donc à une réfection) permanente ; des expériences ont montré que les bandages de fer des roues perdaient en moyenne 30 kgs de métal pour 1000 kilomètres. Avec un tel chiffre, le toponymiste comprendra mieux pourquoi il existe des sites nommés La Ferrière qui ne sont pas des mines de fer, mais des routes antiques ; il est possible que le Moyen Âge ait récupéré en ces lieux les débris de fer abandonnés depuis l’époque romaine (nous connaissons de tels sites en Côte-d’Or et en Saône-et-Loire). D’autre part, il ne faut pas croire au caractère immuable des tracés routiers. Nous ne pouvons connaître que le dernier état de la route ! L’essentiel de ce livre est en fait un excellent manuel d’archéologie ; on retiendra le calcul très technique du ratio (rapport entre les distances portées sur les anciens documents et les distances portées sur les cartes, ces dernières étant établies d’après les routes modernes) et la sinuosité (excès de longueur de la route ancienne par rapport à la distance à vol d’oiseau). Le non spécialiste apprendra beaucoup sur l’histoire des routes, même pour des périodes plus modernes : si on a planté des arbres sur le bord des routes françaises, ce n’est pas pour fournir de l’ombre aux armées en marche, mais pour permettre au pouvoir royal de disposer de réserves de bois (pour les affûts des canons) ; ce fut une décision de Henri II. On trouvera également de nombreuses corrections apportées par l’auteur ; les bornes routières étaient appelées lapis et non milliarum, comme le croient encore certains archéologues (il est possible, à notre avis, qu’il ait existé des types indigènes, en particulier sur le domaine celtique, mais ces modestes signaux n’ont pas été notés par les Itinéraires). Un pavimentum n’est pas nécessairement une route pavée, puisque le terme désigne le sol en général (le romaniste comparera avec le roumain pamânt). Bref, selon P. H., « retrouver les vestiges d’une chaussée antique est utopique » (p. 9) ; d’autre part, l’auteur refuse de traduire des termes comme forum. En résumé, une grande leçon de modestie pour les toponymistes qui, sur ce point, doivent suivre les conclusions des archéologues. Cependant, il nous semble qu’il existe, en dehors des traces matérielles proprement dites, des traces des anciennes routes ; c’est en particulier la trace qui apparaît dans les limites des communes (nos anciennes paroisses). Certes, ces limites (qu’on croit pouvoir repérer quand elles sont droites, surtout quand elles sont dans le prolongement d’une route ancienne encore bien marquée) peuvent être de quelque utilité et prouveraient que les voies anciennes n’ont pas été systématiquement annexées par les domaines privés. P.H. affirme d’autre part que la sécurité sur ces routes anciennes était loin d’être totale et que les villas étaient construites généralement à l’écart de la route. Nous autres toponymistes devrions tirer de cette affirmation quelques conclusions utiles pour nos étymologies. Même si P.H. refuse de nous apporter des solutions linguistiques (nous avons souvent l’impression qu’il reste en deçà de ses compétences), les Itinéraires des Voies romaines doivent faire désormais partie de nos lectures classiques. Gérard TAVERDET
Jacques LACROIX. Les Noms d’origine gauloise.
La Gaule des dieux. Paris : Errance. 2007. 286 p.
Avec ce troisième volume, Jacques LACROIX termine son importante étude sur la langue gauloise. On rappelle le point de vue de l’auteur qui voulait avant tout réagir contre l’étroitesse des dictionnaires et des grammaires qui considèrent généreusement que la langue gauloise a légué environ 150 mots au français (peut-être un peu plus si on considère les types encore présents dans la langue médiévale ou conservés çà et là dans les campagnes profondes et notés par les dialectologues). J.L. considère que l’apport gaulois est en réalité beaucoup plus important si on ajoute le legs de la toponymie qui fait partie intégrante de la langue ; dans ce cas, il est évident que l’apport gaulois doit être considérablement revu à la hausse. C’est un principe de base qui guide constamment J.L. et qui ne saurait déplaire aux onomasticiens. Le plan suivi pour les trois volumes correspond au monde tripartite des anciennes sociétés indo-européennes, tel qu’il a été décrit par G. DUMÉZIL, par exemple. Après avoir décrit la Gaule des combats (en 2003) et la Gaule des activités économiques (en 2005), J.L. devait nous présenter le monde religieux. C’est fait ! Dans une première partie, J.L. nous parle de la sacralisation des sites naturels. Cette recherche demande de nombreuses lectures archéologiques ; il est impossible de résumer une telle richesse de documentation et l’on ne peut donner que quelques exemples : noms des dieux dans les Pyrénées (ces noms sont souvent pré-indo-européens), dans les Alpes (le dieu Albiorix ou la déesse Alambrina ; le dieu Graios honoré au col du Petit-Saint-Bernard), dans les puys du Massif central, avec Dumiatis, dans les Vosges (Vosegos). P. 17, on évoque la déesse Bibracte ; est-ce cette déesse qui a donné son nom au site ? Est-ce le site qui a donné son nom à la déesse ? (p. 92, on revient d’ailleurs sur la question de Bibracte, où J.L. préfère voir une citadelle, sans condamner cependant ceux qui préfèrent voir le nom du castor, à cause des sources nombreuses en cette région). P. 39, J.L. revient sur cette délicate question de la relation du nom de lieu habité et de l’hydronyme ; dans le cas des Vendenesse ou Vandenesse, il n’est pas toujours facile de savoir qui a nommé l’autre. L’auteur est généralement assez prudent pour laisser à son lecteur quelque liberté de choix. P. 234, on retiendra une carte intéressante : celle des départements français qui doivent leurs noms, d’une façon ou d’une autre, à la religion gauloise. Cette cartographie inédite a une grande valeur pédagogique. Il est évident que les noms des départements sont dans leur principe la marque d’une volonté de rupture avec l’histoire antérieure, mais le hasard a voulu qu’ils soient encore présents pour montrer la présence des Gaulois parmi nous, bien plus que le petit stock de mots octroyé par la grammaire officielle. Bref, une importante trilogie dont il sera maintenant difficile de se passer. Le classement de J.L. est nécessairement arbitraire sur certains points, comme tous les classements, et le lecteur ne saura pas nécessairement où chercher tel ou tel mot (ainsi certains animaux sauvages sont classés dans ce troisième tome, mais on aurait pu les mettre tout aussi bien dans les activités économiques ; il y a certes des doubles entrées, ce qui est le cas du charançon, lié étymologiquement au cerf, à cause de sa corne). Si Belenos est évident, combien de termes à l’étymologie obscure devront être recherchés, parfois en vain ! Combien de formes doivent être classées un peu n’importe où (et c’est souvent le cas des toponymes) ! Les index ont été établis pour chaque volume ; il serait bon de penser à un index général ; c’est pourquoi nous espérons dans les prochaines années un quatrième volume qui pourrait contenir un index général. Les recherches sur le gaulois ne vont pas s’arrêter aujourd’hui ; nous espérons tous qu’il y aura de nouvelles découvertes archéologiques (avec des inscriptions), qu’il y aura de nouvelles hypothèses qui nous
feront entrevoir de nouvelles racines gauloises. J.L. ne peut s’arrêter à ces trois volumes et il y aura bientôt de nouvelles pages sur la langue gauloise, toutes aussi passionnantes que celles qui viennent d’être publiées. Gérard TAVERDET
Xavier DELAMARRE. Noms de personnes celtiques dans l’épigraphie classique
(Nomina celtica antiqua selecta inscriptionum). Errance : 2007.
Le gaulois est une langue dont nous avons une connaissance partielle (puisqu’il n’existe aucun texte d’importance dans cette langue). L’essentiel de nos connaissances sur le celte ancien – qui couvrit dans l’Antiquité une bonne partie de l’Europe – est constitué d’inscriptions anciennes, et parmi ces inscriptions, on trouve une très forte proportion de noms de personnes. C’est un peu comme si nous ne connaissions le français que par les plaques des cimetières ; nous aurions, ce qui est le cas pour le gaulois, une foule de formules répétitives (ici gît, par exemple) et une foule de noms d’hommes (d’où les spécialistes pourraient faire émerger toutefois une dialectologie sommaire, par exemple à travers la répartition des Fèvre, Fabre ou Faure). On voit donc l’importance de ce nouvel ouvrage de Xavier DELAMARRE qui nous permet de trouver (ou de retrouver) des formes éparpillées à travers des ouvrages déjà publiés et qui, dans tous les cas, méritaient d’être remis à jour. Comme tous les documents de travail, cette liste de 237 pages ne peut être utilisée au premier degré et c’est aux lecteurs qu’il appartient d’en faire un bon usage. Nous citerons quelques exemples : Grannus est attesté souvent par l’épigraphie, mais il faudra d’autres lectures pour mettre en rapport le nom de ce dieu (apparenté à Neptune et, plus tard, à saint Nicolas) et le nom celtique de la barbe, puisque l’ouvrage en question n’aborde que les noms propres. Moruinnicus signifie-t-il « fourmilier » ? On pourrait penser aussi que c’est un nom issu de la région où demeurait cet Éduen, le Morvan. On devra donc rechercher l’origine de Morvan : région nommée d’après un nom d’homme ou nom descriptif, d’où peut être issu un nom d’homme ? Ce sera le travail du toponymiste. La page 4 de la couverture, écrite certes pour le grand public, est nécessairement simplificatrice, mais il conviendrait de ne pas mettre sur le même plan Vercingétorix qui est un titre (« le généralissime ») ; nous ne connaissons pas le nom donné à la naissance de ce personnage majeur de notre histoire (en a-t-il seulement eu un ?), mais uniquement sa fonction. Le cas n’est d’ailleurs pas isolé dans l’Antiquité : Suréna, général des Parthes, n’est connu que par son titre (et surtout par la dernière tragédie de Corneille). En revanche, il convient de s’interroger sur Verbronara : s’agit-il d’une fille aux gros seins (comme on en trouve dans les romans de Simenon) ? S’agit-il d’une formule optative portée à la naissance (« qu’elle soit une bonne nourrice ») ? Bref, l’onomasticien devra choisir entre le descriptif et l’optatif (ce choix nous éclairera sur la place de la femme dans la société gauloise). Nous avons là une belle matière pour de futures réflexions. Gérard TAVERDET
GENDRON, Stéphane. Les Noms de lieux de Véretz.
Promenades toponymiques. 2007. 94 p.
On oppose trop souvent l’onomastique scientifique et l’onomastique vulgarisatrice. S.G. vient de prouver ici que les deux points de vue étaient parfaitement compatibles. L’objectif est de faire découvrir aux habitants d’un village (devenu ville) des environs de Tours les subtilités et les mystères de leurs noms de lieux (l’ouvrage est d’ailleurs préfacé par le maire de Véretz). On ne peut résumer ce genre d’ouvrage ; disons simplement qu’il permet de découvrir tous les noms qui apparaissent dans la commune, à commencer par celui de Véretz lui-même. Une part importante est consacrée à la toponymie urbaine et aux personnages éponymes des rues, y compris les gloires les plus locales. Mais comment faire autrement ? La toponymie urbaine est nécessairement un mélange entre l’histoire immédiate (le choix des éponymes n’est pas neutre) et la linguistique. On souhaite que de nombreuses communes mettent à la disposition de leurs administrés ce genre de plaquette. Gérard TAVERDET
GENDRON, Stéphane, Le GUILLOU, Claire. Les Noms de lieux de Perrusson
. Conversations toponymiques. 2007, 80 p.
C’est un ouvrage du même genre que le précédent, mais avec une présentation fort différente ; Perrusson est une commune des environs de Loches (on se souvient encore à la SFO du colloque tenu dans cette ville en mai 1978). Cl. Le G. interroge S.G. sur les questions de toponymie, en tenant le rôle de la naïve, ce qui permet à S.G. de faire un cours sur les noms de lieux, y compris les fausses étymologies qui ne sont jamais sans intérêt. On termine sur l’intérêt des noms propres en littérature et une belle citation de Flaubert. Gérard TAVERDET
BESSON, Madeleine et Françoise. Sur les Chemins du Val d’Aran
. Vol. 2 : Ses habitants, ses mots, ses fleurs. Nîmes : Lacour. 2005.
Madeleine et Françoise BESSON, mère et fille, cette dernière professeur de Littérature anglaise à l’Université de Toulouse Le Mirail, originaires d’Arties en Aran, ont résolu de sauver de la disparition le précieux vocabulaire de leur village natal. Par une enquête minutieuse auprès de leurs parents et compatriotes, elles ont réussi à rassembler quatorze centaines de mots rares et insoupçonnés, souvent difficiles à retrouver. Le bilan de cette collecte est à peu près celui-ci :
• Vocabulaire gascon : 78%, se décomposant en : a) mots gascons proprement dits (près de 1000, soit 73%), b) mots gascons plus ou moins modifiés (66, soit près de 5%) ;
• Emprunts au catalan : 65, soit près de 5% ;
• Emprunts à l’aragonais, à l’espagnol, au français, à l’occitan : de 23 à 25, soit près de 2%, pour chacune de ces langues ;
• Un ou deux emprunts au basque, de l’ordre de 1 pour mille.
• Mots particuliers à l’aranais : près de 140, soit environ 10%.
Quant aux provenances, on peut identifier une bonne vingtaine de termes d’origine prélatine, généralement des vocables de l’aire pyrénéenne déjà analysés par divers auteurs, dont ROHLFS et COROMINES. Les origines linguistiques de la plupart des autres mots sont aisées à établir. Cependant, 70 environ sont à analyser au cas par cas. Quelques-uns figurent dans l’ouvrage de Joan COROMINES (Vocabulari aranés. Barcelone : Casa de Caridad, 1931). Pour les autres, F.B. s’est efforcé de percer leur mystère. Quelques-uns demeurent inexpliqués. Dans l’écriture du son /ou/, la graphie
PARROTT, Jeremy. Change all the names
. A critical onomasticon of characternyms in the work of Samuel Beckett. Szeged : The Kakapo Press. 2004, XV + 368 p.
Spécialiste de la création onomastique dans l’œuvre de Samuel BECKETT, Jeremy PARROTT a donné de nombreuses conférences sur ce sujet dans des pays tels que l’Angleterre, l’Irlande, l’Allemagne, l’Espagne, la Suède, la Hongrie, la Roumanie et enfin l’Australie. Cet auteur a eu un parcours professionnel atypique ; il a exercé le métier d’éditeur et a vendu des ouvrages anciens et rares sur l’Internet. Il prépare actuellement une monographie sur BECKETT et le Christ. Change all the names se veut une manière de répertoire des nomina créés par l’auteur de En attendant Godot. Le nom propre renvoie à des instances telles que le fait taxinomique, car nommer revient à attribuer à tel objet une place bien déterminée au sein du groupe d’objets auquel il appartient. En ce qui concerne le nomen proprium, il s’agit de sa relation au « je », c’est à dire du concept d’unicité qui lie un individu à son nom – le nom comprenant le patronyme et prénom ainsi que le surnom et parfois le pseudonyme. Le nomen proprium est aussi l’objet qui signe l’appartenance du sujet à la société civile. Ainsi, dans la pièce L’innommable, le personnage ne peut être nommé, car « trop vil [...] pour être nommé » selon le dictionnaire. N’exprime-t-il pas ainsi le rejet dont il est l’objet et sa non-existence sociale par « seul dans l’indicible et l’incommunicable où je n’ai cessé d’être » (alone, in the unthinkable unspeakable, where I have not ceased to be, where they will not let me be, p. 211) ? Qu’en est-il des noms de fictions attribués par les auteurs à des personnages nés de leur imagination ? Quelle est la part du nom de l’auteur dans son projet onomastique ? Change all the names est un ouvrage né d’un point de convergence spirituel. En effet, Samuel BECKETT, élevé dans une famille protestante, porte un prénom hébraïque qui signifie « donné de Dieu ». BECKETT perdit la foi très tôt, mais continua néanmoins des recherches d’ordre théologique. Il semblerait que J.P. ait rencontré l’œuvre de Samuel BECKETT d’un point de vue spirituel et dans le cadre d’une expérience de phénomène de synchronicité, lors d’un séjour qu’il effectua dans un temple bouddhiste thaïlandais. Il évoque notamment la correspondance entre l’appellatif homonyme Watt, avec un seul t, signifiant en langue thaïe « temple », et une œuvre de fiction de BECKETT portant le même nom, avec la symbolique qui les sous-tend. Sur la première de couverture, des jeux onomastiques de J.P. sont présentés, notamment Watt avec une illustration de type iconographique, soit une ampoule d’éclairage, et la légende explicative : « Je suis la lumière de ce Monde » (I am the light of the world) (St Jean). Ainsi, toujours dans cette pièce, J.P. répertorie les différents personnages qu’il classe dans des groupes onomastiques dont celui de « la vie et la mission du Christ » (the life and mission of Christ, p. 104). Cette relation à la spiritualité à travers l’œuvre de BECKETT est certes prégnante dans l’ouvrage de J.P., mais d’autres facteurs de poïèse onomastique sont explorés. Le travail de recherche et d’analyse de la création du nomen proprium mené par J.P. chez BECKETT est particulièrement dense et riche. Cet ouvrage peut être abordé de plusieurs manières. Une première lecture consiste à l’utiliser comme un dictionnaire, et il en a la forme. Dans cette approche, le texte est subdivisé en deux parties. La première correspond à l’introduction générale et comprend une quarantaine de pages : elle couvre plusieurs champs d’étude qui sont autant de pistes – déjà explorées ou à explorer – afin de pénétrer le projet créatif de BECKETT. J.P. y aborde l’onomastique tant d’un point de vue théorique que dans ses particularités « beckettiennes ». Il évoque notamment les travaux de BARTHES et de DERRIDA qui lui ont servi à étayer Change all the names. Ainsi pour BARTHES, « toutes les subversions ou toutes les concessions littéraires naissent avec le nom propre » (all subversion, or all novelistic submission [...] begins with the Proper Name, p. 13), alors que pour DERRIDA, le nomen proprium, dans un texte littéraire, serait disséminé sous une forme ludique à partir de son radical. L’auteur cite le Molloy de BECKETT dont le radical Mo se déclinerait sous la forme Moran’s Moll-oc, Moll-ose, Moll-one, etc. (p.14). La deuxième partie a la forme d’un dictionnaire général subdivisé en autant d’entrées ordonnées alphabétiquement que d’oeuvres citées. Le mode d’emploi de cette taxinomie onomastique est donné dans la dernière page de l’introduction générale (p. 40). En introduction à chaque entrée, J.P. propose une présentation résumée de chacune des œuvres référencées, puis il présente chaque appellatif avec un premier renvoi à sa définition étymologique (signifié par l’abréviation Etym.). Cette première approche définitoire est suivie des différentes significations que ce nom peut avoir d’un point de vue symbolique ; elles sont mentionnées S1, S2, etc., en fonction de leur nombre. Par ailleurs, l’auteur précise que l’interprétation de l’appellatif est d’ordre subjectif dans ses travaux d’analyse littéraire et correspond à la rencontre, à travers le nomen proprium, des deux auteurs : « La signification onomastique dans un travail de recherche littéraire est un acte d’ordre interprétatif [...] qui est fonction de la complicité et de l’ingéniosité des deux parties (onomastic signification in a literary work is an interpretative act [...] depending on the complicity and ingenuity of both parties, p. 40). Cette subjectivité de l’auteur appliquée à cette étude fait écho dans de nombreuses occurrences de l’onomastique de BECKETT. Ainsi, en S6 (p. 92), J.P. analyse-t-il le nom Murphy en faisant appel à la numérologie : « Murphy tel le Christ ? Il semble évident que le parallèle existant entre Murphy et le Christ est renforcé avec l’analyse numérologique de son nom constitué des lettres grecques μ and φ (« mu », « phi »). En effet, « mu » correspond à la 12ème lettre de l’alphabet grec et « phi » à la 21ème, l’addition de l’ensemble donnant 33, soit l’âge qu’avait le Christ lors de sa crucifixion » (Murphy as Christ ? Evidence for the Murphy-Christ parallel is reinforced by analysis of his name into the constituent Greek letters μ and φ (‘mu’, ‘phi’). μ is the 12th letter of the Greek alphabet and φ the 21. Added together the total is 33 - the age of Christ at the time of his crucifixion). Dans une seconde approche, le lecteur découvrira l’œuvre de BECKETT comme une manière de cryptographie. En effet, les nomina ont cette particularité, outre de marquer la densité dramatique des personnages, de porter des significations plurielles, lesquelles recouvrent une anthroponymie métamorphique. On peut trouver nombre d’exemples au cours de cette étude. Je citerai cependant cette approche faite autour du nom Godot en S 2 (p. 254) : « La célèbre affirmation de NIETZSCHE « Dieu est mort » est mise en relief dans l’anthroponyme Godot soit (God + Tod « mort ») » (Nietzsche’s celebrated announcement that ‘God ist Tot’ (God is dead) is strongly suggested by the name Godot ‘God + Tod = death’). La richesse de cet ouvrage réside également dans le nombre d’entrées recensées : plus de 600 auxquelles s’ajoute un nombre important de doublons puisque le nom de certains personnages fait partie, semble-t-il, du fonds onomastique dans lequel puise Samuel BECKETT, et pas moins de 41 œuvres étudiées, dont des classiques comme En attendant Godot et des morceaux moins connus tels Dramatic Ends and Odds. Pour ce qui est de l’homonymie, nous retrouvons par exemple le nom Watt dans des pièces comme Mercier et Camier, Molloy, The unnamable et Watt. Parrott, dans son ouvrage, explore la manière dont s’articule le nomen proprium chez BECKETT. Il relève ainsi 17 manières de le décliner. Cette richesse poïètique a fait l’objet de plusieurs monographies que cite J.P., dont celle de Phil BAKER qui, à travers l’œuvre de BECKETT, a recensé les mythes fondateurs de la psychanalyse freudienne. Il mentionne également DUCKWORK ou LEVENTHAL pour leur analyse pointue du nom de certains personnages de BECKETT, tel Godot dont le nom trouverait son origine dans plusieurs langues (paronomase). L’organisation de cet ouvrage offre au lecteur une approche particulièrement intéressante du nomen des différents personnages créés et mis en scène par BECKETT. En effet, l’homonymie du nom n’est pas à proprement parler un facteur de duplication du personnage ; nous pourrions plutôt évoquer un phénomène d’homophonie. Pour illustrer ce propos, le Robinson de Daniel DEFOE, bien que mis en scène dans un contexte identique – un naufragé seul sur une île – est bien différent du fils du drapier de York, son homonyme, personnage créé par Michel TOURNIER. Selon J.P., le nom porte toute la densité du caractère du personnage né de l’imagination du dramaturge, du romancier, de l’écrivain en général. BECKETT jouerait d’une lettre telle les notes de la gamme ; elle initierait un nom puis un autre, telle le M qui, finalement serait le truchement de « me » ou « moi » en français. Il s’agit à la fois d’un travail de déconstruction à l’instar de JOYCE ou de QUENEAU et d’une grille de lecture. En ce qui concerne cette dernière, J.P. évoque les noms du dramaturge Samuel Barclay Beckett comme des noms de pouvoir disséminés tout au long de son œuvre et dont le dessein ultime correspondrait à la recherche du véritable nom caché (hidden, true name, p.37). Si le nomen proprium, considéré dans sa dimension diachronique et synchronique, raconte la vie du sujet social, le nom donné aux personnages dans l’œuvre d’un artiste les densifie à tel point que des noms propres tels que Harpagon ou encore Tartufe, pour ne citer que ceux-là, sont devenus des noms communs désignant un trait de caractère. Ne dit-on pas d’une manière d’agir faisant la part belle à l’hypocrisie qu’il s’agit d’une tartuferie ? Au-delà de sa compilation particulièrement importante de noms, Change all the names séduira bien des lecteurs, onomasticiens et/ou passionnés de BECKETT, qui découvriront avec plaisir une approche plurielle et transversale de l’onomastique. Marcienne MARTIN
CAILÀ GUITART Montserrat, ESCUDERO, Jean-Paul. Història dels noms de Reiners,
les arrels d’un poble del Vallespir. [Histoire des noms de Reiners. Les racines d’un village du Vallespir]. Barcelone : Institut d’Etudes Catalanes, Travaux du Bureau d’Onomastique X. 2005.
Cet ouvrage en catalan présente le plan suivant : Prologue par Ramòn AMIGÒ ; p. 13 : carte des Pyrénées orientales avec situation de Reiners, à l’est d’Arles-sur-Tech et à l’ouest de Céret ; p. 13, carte agrandie et détaillée de la commune de Reiners (Reynès sur les cartes françaises) ; p. 15 : carte agrandie de la commune, avec les principaux écarts ou hameaux ; p. 17 : carte plus détaillée du secteur nord-ouest de la commune, avec les toponymes les plus importants. La même chose (p. 19 à 25) pour les secteurs nord-est, centre ouest, centre est et sud-est. Introduction et vision générale de Reiners (p. 27) avec éléments de géographie, démographie et peuplement, quelques « touches » d’histoire et un aperçu sur la langue utilisée (catalan septentrional). Les A.A. [préciser] notent la disparition des proparoxytons dans cette zone : ex. màrfega (paillasse) > marfa. Plus loin (p. 43), commentaire méthodologique avec plan de travail et alphabet phonétique. P. 45 : sources documentaires, archives municipales, départementales, notariales et de la couronne d’Aragon, archives privées. Bibliographie (très complète), revues, cartes et divers. P. 57 : sources orales et remerciements. Au chapitre 5, nous trouvons le corps de l’ouvrage avec l’étude de 1080 noms de lieux avec les formes les plus anciennes retrouvées par les auteurs. Cet ouvrage de 246 pages est extrêmement fouillé et détaillé, avec une typographie impeccable. Félicitons-en les auteurs. La seule chose que nous pourrions regretter et qui laisse le lecteur sur sa faim (sauf pour les toponymes dont le sens est obvie) est qu’il n’y a aucune étude étymologique ni comparative avec d’autres noms de lieux du domaine occitan, ou même roman. Guy-Jean NÉEL
CASSANAS, Armelle, DEMANGE, Aude, LAURENT, Bénédicte et al. (dir.). Dialogisme et nomination.
Actes du IIIe colloque jeunes chercheurs. Praxiling-FREE 2425 CNRS, Université Paul-Valéry, Montpellier III. 2003, 337 p.
Cet ouvrage reprend les interventions des différents participants à ce colloque, lequel s’était tenu les 7 et 8 mars 2003. Si le chapeau de la couverture donne le ton de l’orientation générale de l’ouvrage, il subsume néanmoins des instances particulières qui ont fait l’objet de chapitres dédiés, avec des sous-chapitres correspondant aux différentes contributions, soit : Conférence inaugurale : MOIRAND, Sophie. De la nomination au dialogisme : quelques questionnements autour de l’objet du discours et de la mémoire des mots. — Production de sens dialogique des noms à des fins idéologiques (p. 62-142) : CASSANAS, Armelle, DEMANGE, Aude, DUTILLEUL-GERROUDJ, Élise, LAURENT, Bénédicte, LECLER, Aude. Repérage en diachronie des effets des stratégies idéologiques sur les objets du discours socio-politique ; VENIARD, Marie. Les désignations du conflit du Golfe dans la presse : un miroir du conflit sur le terrain ? ; CISLARU, Georgeta. Le nom de pays dialogique dans la construction de l’évènement médiatique ;; JAAKKOLA, Sisko. Gouvernance : du dialogisme et de la nomination dans le débat sur la gouvernance européenne. — Dialogisme de la nomination et sémantique argumentative (p. 143-180) : MENUET, Laetitia. La polyphonie sémantique dans un discours juridique européen ; MERLET, Pauline. Les rivalités intrinsèques à la signification argumentative des entités lexicales femme et homme ; OKUBO, Tomonori. Discours truismes et discours extrémistes - polyphonie entre sujet et prédicat. — Nomination et contextualisation interculturelle (p. 181-252) : GUIDOUM, Laarem. Le dialogisme de nomination en contact de langues : « la casbah française » ; RANGEL VICENTE, Montserrat. Nom propre et dialogisme : la construction de la représentation de Napoléon Bonaparte en Espagne et en France ; GUÉRIN, Olivia. Prendre la parole de l’autre. Paradoxes dialogiques de la nomination dans les récits de voyage. ; FRUGONI, Paola. Dialogisme et valeurs modales dans une perspective contrastive. ; AUGER, Nathalie. Du dialogisme pour nommer l’autre en contexte scolaire interculturel. — Dimension dialogique de la nomination figurale et du nom de marque (p. 253 -300) : LECOLLE, Michelle. Métonymie et plurivocité ; FÈVRE-PERNET, Christine. Procédés dialogiques dans la (dé)nomination d’objets manufacturés : les noms de jouets ; LATRENT, Bénédicte. Kangoo ou comment voyager embarqué sur un mot. — Les structures discursives de la doxa (p. 301-328) : EGGERT DE FIGUEIREDO, Mariane. L’hétérogénéité énonciative dans l’actualisation des proverbes : le cas des variantes par réduction de la forme ; LECLER, Aude. La parodie du discours phraséologique : comment le dialogisme opère dans les noms composés. L’ouvrage est clos par une post-face rédigée par Paul SIBLOT : Du dialogisme à la nomination, p. 331. Les dix-sept premières pages sont consacrées aux remerciements (p. 9), à la présentation de l’ouvrage (p. 11), à une introduction sur le dialogisme et la nomination (p. 13) et enfin aux résumés des présentations de chacun des intervenants (p. 18). Le corps de l’ouvrage ouvre sur la conférence inaugurale donnée par Sophie MOIRAND. Cette linguiste s’interroge sur ce qui est de la nomination à travers le dialogisme et met en relief le fait que cette notion est différemment circonscrite en fonction de l’aire linguistique à laquelle appartient le locuteur et étaye son propos avec la présentation de ce champ notionnel et de ses co-hyponymes : désignation, nomination, catégorisation, référenciation. Ceci étant, ce chercheur exemplifie l’objet de la nomination à travers le dialogisme avec quelques corpus qui montrent que, non seulement, chacun de nous transporte une histoire du nom colorée de son expérience personnelle et familiale (idiolecte), mais aussi de celle de sa communauté linguistique. Sophie MOIRAND insiste cependant sur la nécessaire mise en place de préalables à définir quant à ce que recouvrent les concepts de nomination et de dialogisme et « leurs inscriptions conjointes » dans les instances discursives, qu’elles soient dialogales ou monologales. La première thématique : Production de sens dialogique à des fins idéologiques réfère à différentes études qui vont des objets du discours socio-politique en passant par les désignations du conflit du Golfe et le nom de pays dialogique, pour terminer sur l’étude du groupe lexical gouvernance européenne. La nomination considérée d’un point de vue interdiscursif à travers le discours politique, est analysée à partir d’un corpus couvrant la période de la campagne présidentielle de 2002. Cette dernière était structurée autour des praxèmes sécurité/insécurité. En fonction des appartenances politiques, ces praxèmes génèrent des réseaux sémantiques particuliers, et ce qui n’est pas formulé explicitement l’est en creux du discours. Les auteurs, par une manière d’analyse contrastive, mettent en lice l’approche dictionnairique et l’usage journalistique. Force est de constater que certains termes subissent un déplacement métonymique, ainsi en est-il du praxème jeune qui, s’il est toujours actualisé à travers le réseau sémantique de l’âge, est passé de terme générique (1960), c’est-à-dire couvrant l’ensemble d’une classe d’âge, à un terme particulier (2003) désignant alors certains groupes seulement de cette classe d’âge (p. 63-97). La désignation peut être aussi mise en scène par le biais d’îlot textuel. Ainsi en est-il des relations journalistiques de la guerre du Golfe. Le narrateur raconte l’évènement par le truchement de voix tierces. Cependant, cette mise à distance n’est pas garante de neutralité, car les choix opérés au niveau des extraits de corpus sont indicateurs de la prise de position du scripteur (p. 99-111). Toujours à travers le discours journalistique, il est analysé le dialogisme à travers différentes instances dont les noms de pays qui ont « un potentiel sémantico-référentiel » particulièrement riche. Ainsi le discours médiatique transporte avec lui points de vue et idéologie, lesquels traverse un nom déjà marqué par une plurivocité multiple : historique, politique, sociale (p. 112-127). En revanche, certains objets du discours politico-médiatique sont encore mal circonscrits par les termes censés les désigner. Il en est ainsi de gouvernance européenne où ce groupe syntagmatique est actualisé sans pour autant que le concept qu’il recouvre en soit appréhendé de manière désambiguïsée (p. 129-142). La deuxième séquence aborde la nomination dans le cadre de la sémantique argumentative. Les auteurs réfèrent à la théorie des Possibles Argumentatifs de GALATANU et de l’argumentation dans la langue. La polyphonie sémantique intervient à travers des termes comme liberté, justice et sécurité, plurivocité qui convoque des instances institutionnelles, voire juridiques, au sein de la Commission Européenne (p. 145-157). Cette pluralité de significations est présentée également à travers les lexèmes homme et femme, analysés à partir du discours lexicographique, lequel véhicule « des noms stéréotypiques au sein d’une communauté linguistique ». Il s’agit de replacer ici ce qui est de l’ordre de l’ensemble des représentations associées au prédicat du noyau lexical et ce qui est de son usage, lequel convoque des univers de noyaux différents, voire antinomiques (p. 158-169). Mais qu’en est-il de la sémantique argumentative dans le cadre de la prédication ? Dans cette étude, il est montré comment la disqualification du sujet intervient lors de la modification prédicative de celui-ci. De nombreux exemples de discours truismes et extrémistes mettent en relief cette « duovicité » qui fait intervenir la voix du sujet et celle du prédicat, voix paraphrastiques dans le premier cas de figure et polémiques dans le second cas (p. 171-180). La nomination se mesure également à l’aune de l’histoire. Ainsi, le terme casbah qui, dans un premier temps, désignait un château fortifié, par déplacement métonymique, prit le sens de « centre administratif », puis finit par désigner le territoire de l’autre. Cependant, dans le cas de figure de la ville de Constantine, le déplacement métonymique est en relation directe avec la situation géographique de la ville. Cette dernière, située sur un piton escarpé, était considérée comme imprenable, moins par le fait qu’il pût exister une casbah dans le sens « enceinte fortifiée », que par sa situation même. Le terme casbah perdit certains traits sémantiques liés à la défense pour en actualiser d’autres en relation avec l’idée de ville. La polysémie de ce terme est fortement liée à son histoire et aux praxis qui lui furent corrélées (p. 183-197). Ainsi, la nomination considérée dans l’espace interculturel est actualisée de manière différente, parfois antagoniste. En exemplification le stéréotype nominal Napoléon Bonaparte qui, considéré d’un point de vue hexagonal, diffère grandement de celui du pays de Cervantès. Les praxis historiques sont à l’origine de l’actualisation particulière de ces anthroponymes (p. 199-214). Par ailleurs, la dimension interculturelle de la parole de l’autre dans la nomination peut être, soit prise en compte, soit annexée comme dans ces récits de voyage rédigés par des spécialistes au fait de ce phénomène ou par des narrateurs néophytes en matière d’interculturalité. De la pratique sociale à la nomination à travers la parole de l’autre, comment sont donc retransmises ces différentes instances ? Bien souvent, ces nouveaux concepts sont intégrés au sein du paradigme du narrateur. Ces tentatives sont organisées autour des traits sémantiques supposés communs aux deux objets. Les différences sont évacuées par l’usage du lexème sorte qui signifie « espèce », « catégorie », c’est-à-dire que ce nouvel objet du monde, qui devrait ouvrir une catégorie de type hyperonyme, est considéré comme un hyponyme de catégorie déjà existante dans la parole de l’énonciateur (p. 215-227). Toujours dans une perspective interculturelle et contrastive, le terme enseignement est analysé à partir du discours lexicographique français et italien. Ainsi, l’actualisation des noyaux modaux de ces deux catégories mises en perspective convoque-t-elle des objets du monde différents d’une culture à l’autre (p. 229-239). La signification assignée aux objets du monde peut parfois sembler identique d’une aire culturelle à l’autre, cependant l’objet signifié appartient à des réseaux sémantiques activant des séries d’objets différents. Ce phénomène est exemplifié avec le terme chitane (« diable » en langue arabe) qui fait le jeu polyphonique de corpus couvrant les paroles d’élève et d’enseignant dans le cadre de relations conflictuelles. La nomination, ici, est exprimée à la fois explicitement et également en creux du discours avec l’utilisation de métaphores renvoyant à cet objet (p. 241-252). La troisième séquence ouvre sur la nomination circonscrite à travers le jeu métonymique. Ainsi, les citations de nomina propria référant à des lieux (Hôtel Matignon), à des œuvres cinématographiques (Moulin Rouge) actualisent-elles une pluralité de voix, tant au niveau du métonyme que du noyau lexical (pp. 255-267). La dénomination des produits manufacturés – l’étude portait sur les noms de jouets – s’inscrit également dans une dimension discursive qui fait intervenir différents énonciateurs. Par exemple, Mon premier pupitre qui place, certes, l’enfant en tant qu’énonciateur principal in abstentia mais qui, par cette voix, s’adresse spécifiquement au consommateur/acheteur réel (p.269-282). Dans ce paradigme consumériste, nommer un objet est un art qui fait appel à des disciplines comme la phonologie, la sémantique ou encore la lexicographie. Ainsi, le terme Kangoo, marque d’une nouvelle automobile de l’enseigne Renault convoque-t-il par ressemblance phonique et graphique le terme kangourou, lequel renvoie au concept de protection/sécurité symbolisé par la poche ventrale de ce marsupial, avec l’actualisation de certains traits sémantiques et phonétiques communs (p. 283-300). Dans la dernière séquence, il est présenté l’étude des structures discursives de la doxa à travers la parémiologie et certaines expressions lexicalisées. Concernant la structure proverbiale intégrée au discours énonciatif, l’auteur montre que cette co-énonciation est plurivoque, car elle convoque la « sagesse des nations » et l’énonciateur lui-même. Le proverbe, structure linguistique appartenant à l’ensemble d’une communauté de locuteurs donnée, semble se comporter comme une expression lexicale complexe figée, sa troncation n’interférant pas sur la compréhension de l’énoncé (p. 301-311). Le figement des expressions lexicales complexes peut servir également le jeu énonciatif dans le cadre de la création publicitaire. Dans cet extrait, l’auteur montre comment des séries lexicalisées comme vie de chien ou coup de griffe peuvent être défigées par le biais d’associations d’ordre ludique de lexies figées qui sont alors actualisées à partir de champs sémantiques différents, avec comme exemple « César. C’est beau la vie de chien », cette expression portant en creux « c’est beau la vie » et « vie de chien » (p. 313-328). La post-face reprend le discours de clôture du colloque avec pour objet de débat le dialogisme dans la nomination. Si le terme dénomination fait partie depuis longtemps de la tradition linguistique, celui de nomination, en usage chez le psychanalyste, vient d’intégrer ce champ de recherche. Se démarquant nettement de SAUSSURE, on considère ici le nomen non comme un objet in se, mais appartenant à un réseau de significations historiques, sociales, linguistiques qui sont actualisées en discours (p. 331-337). Cet ouvrage présente donc une approche particulière de la nomination qui s’inscrit dans de nouveaux courants de recherche. Marcienne MARTIN
WEYERS, Christian. Ortsnamendeterminierung.
Der Typ Alhama de Aragón in der kastilischen Toponymie [La determinación de nombres de lugar. El tipo Alhama de Aragón en la toponimia castellana]. (= Romanistik in Geschichte und Gegenwart, Beiheft 13). Hambourg : Helmut Buske Verlag. 2006, 568 p.
La extensa monografía de Christian WEYERS consta de una parte teórica (« Theoretischer Teil », p. 1-214) y una parte lexicográfica (« Lexikographischer Teil », p. 215-448). En el capítulo introductorio (« 0. Präliminarien », p. 3-13) el autor especifica el objetivo de su obra, pasa revista a los estudios sobre toponimia española publicados hasta la fecha y describe el enfoque metodológico de su estudio. En el capítulo siguiente (« 1. Definition der Kategorie der choronymischen Determinativa und des Untersuchungskorpus », p. 14-23) el autor define la categoría de los determinativos coronímicos y el corpus investigado. En primer lugar, C.W. examina críticamente la terminología onomástica relacionada con el tema de su estudio y propone el uso del término corónimo (alem. « Choronym ») para designar los nombres propios de regiones, comarcas y valles tanto en su acepción geográfica como administrativa. Así el término corónimo abarca tanto los nombres – diacrónicamente más estables – de regiones naturales como los nombres – en general más inestables – de origen político-administrativo. El nuevo término corotoponimia se refiere a los nombres de lugar determinados mediante un corónimo. Los corónimos estudiados proceden, en principio, de las Comunidades Autonómas en las que el castellano es la única lengua oficial, sin embargo, el autor incluye en su corpus, por razones de interés histórico-lingüístico, algunos corónimos situados fuera del ámbito castellano (Jovada/Chovada, Mallorca, Marca y Maestrazgo/Maestrat). El material onomástico moderno ha sido extraído de los Nomenclátores de los Censos de Población de 1970 y 1981 y del Censo de Población y Viviendas de 1991/96 y ha sido comparado con las entradas correspondientes del Diccionario geográfico-estadístico-histórico de España y sus posesiones de Ultramar de Pascual MADOZ (1846-1850) y del Diccionario Corográfico, que recoge los datos del censo de 1940. El autor ha recurrido también a las informaciones facilitadas por el Diccionario Enciclopédico Hispano-Americano de Literatura, Ciencia y Artes (1887-1899), el Gran Diccionario Geográfico, Estadístico é Histórico de Rafael del CASTILLO (1889-1892) y la Enciclopedia Universal Ilustrada Europeo-Americana de la editorial Espasa-Calpe. De esta forma el estudio recoge las formas oficiales de la determinación de topónimos en un período comprendido entre mediados del siglo XIX y el último tercio del siglo XX. Forman parte del corpus investigado aquellos nombres de lugar cuya forma básica X está unida al determinativo Y mediante una preposición. Los topónimos con un elemento coronímico aglutinado no han sido incluidos en el corpus analizado. La base cartográfica del estudio la constituyen los mapas del Atlas El País-Aguilar (a la escala de 1:250.000). Hay que mencionar que la consulta de éste u otro atlas es imprescindible para el lector ya que la obra de C.W. no incluye ningún mapa. El segundo capítulo (« 2. Die toponymische Determinierung », p. 24-56) trata de la determinación de topónimos. C.W. presenta aquí una tipología de los determinativos de nombres de lugar (« 2.4. Typologie der Ortsnamendeterminativa ») que consta de cinco tipos. El enunciado de dichos tipos, resulta, sin embargo, un tanto heterogéneo. El primer tipo Antónimos contrastivos (« Kontrastive Antonyme ») abarca la determinación de topónimos vecinos o próximos mediante los adverbios, adjetivos o sustantivos correspondientes (por ejemplo cast. de Arriba frente a de Abajo, cat. de Dalt frente a de Baix). El segundo tipo lo constituyen los Determinativos de carácter topográfico-localizador (« Topographisch-lokalisierende Determinativa ») como de la Sierra, del Monte, del Río, del Valle, del Maestrazgo/Maestrat). El tercer tipo Determinativos con referencia a personas (« Personenbezogene Determinativa ») incluye antropónimos y denominaciones de personas así como gentilicios. La determinación alude en este caso al fundador/poseedor del lugar, a la procedencia de los pobladores dentro del marco de las repoblaciones efectuadas en el transcurso de la Reconquista, a algún tipo de dependencia u otra circunstancia (de Garci Muño, de Doña Mencia, de los Gallegos, de las Abadesas, de los Aceiteros). A este grupo pertenecen también los determinativos de carácter conmemorativo. Así el determinativo de Caldas de Reis (Pontevedra) < Calidas de Regis recuerda que Alfonso VII el Emperador nació en 1105 en dicha villa. El cuarto tipo titulado Topónimos (« Toponyme ») consiste en la determinación de un nombre de lugar mediante otro topónimo. Su motivación no es tanto la proximidad geográfica sino más bien la dependencia administrativa derivada de aquella. Generalmente la determinación alude a la pertinencia de aldeas, lugares etc. a la villa o ciudad más cercana. El quinto tipo Nombres del tipo Baños de Alhama (« Namen des Typs Baños de Alhama ») representa una composición toponímica de carácter tautológico formada por un elemento genérico (Baños) + preposición (de) + topónimo (Alhama < árabe hamma « baño [termal], fuente [termal] »). En el tercer capítulo (« 3. Morphologische und syntaktische Besonderheiten der toponymischen Determinierung », p. 57-95), C.W. analiza varios aspectos morfológicos y sintácticos de la determinación toponímica y destaca la homogeneidad de las construcciones determinativas españolas con la preposición de en comparación con la mayor variedad existente en francés (en, sur) e italiano (a, in, su). El antiguo uso de otras preposiciones apenas ha dejado huellas en la actual toponimia castellana : Ribamontán al Mar/Ribamontán al Monte (Cantabria/Santander), Quintanilla Cabe Rojas/Quintanilla Cabe Soto (Burgos), Villarino Tras la Sierra (Zamora), Torrecilla sobre Alesanco (La Rioja). En el cuarto capítulo (« 4. Ortsnamendeterminierung als pragmatische Kategorie », p. 58–118), el autor aborda algunos aspectos pragmáticos relacionados con la determinación de topónimos. El quinto capítulo (« 5. Das Prinzip der distinktiven Lokalisierung », p. 119-162) trata de la diferenciación de nombres de lugar homónimos mediante un complemento localizador : Aranda de Duero (situada a orillas de dicho río) frente a Aranda de Moncayo (situada al pie de la Sierra del Moncayo). C.W. destaca la interdependencia entre el tamaño/la importancia de un lugar y la determinación toponímica. En caso de homonimidad entre poblaciones grandes/importantes, poblaciones medianas y poblaciones pequeñas la determinación toponímica se limita a las dos últimas categorías : Valencia/València, capital de la actual Comunidad Autónoma, frente a València d’Àneu, Valencia de Alcántara, Valencia de Don Juan, Valencia de la Encomienda, Valencia del Mombuey, Valencia de las Torres Valencia del Ventoso y Valencia de Valdeorras. Una comprobación interesante es la existencia de numerosos topónimos románicos de carácter genérico (< lat. CASTRUM, CASTELLUM, VILLA) sin determinación (Castell, El Castellar, Castro, Vila, Vilanova, Villar y otros) frente al uso regular de la determinación en el caso de topónimos de origen árabe (Alcalá de Henares, Medina del Campo y otros). El sexto capítulo (« 6. Das Prinzip der Verkürzung determinierter Ortsnamen », p. 163-177) está dedicado al tema de la reducción de topónimos determinados. Básicamente existen dos posibilidades : 1) pérdida del elemento determinativo (X de Y → X), 2) pérdida de la forma básica del topónimo (X de Y → Y). C.W. hace también alusión a la reducción de hagiotopónimos cuando éstos constituyen la forma básica de un topónimo (Santa Fe de Bogotá → Bogotá). El séptimo capítulo (« 7. Lokalisierende Beinamen ohne distinktive Funktion », p. 178-196) se ocupa de los sobrenombres localizadores carentes de función distintiva mientras que el octavo capítulo (« 8. Verkehrsgeographische Funktionalität », p. 198-210) trata de la función de la determinación toponímica en los servicios postales y ferroviarios. En el noveno capítulo (« 9. Zusammenfassung », p. 211-214), el autor presenta un resumen de la parte teórica. La parte lexicográfica consta de los siguientes artículos : Alba, Alfoz, El Aljarafe, Allande/Ayande, Andalucía, Aragón, Aragona, La Armuña, Hoz de Arreba, Asturias/Asturies, Babia, Los Barros, El Bierzo, Bureba, Cameros, Campoo, Campos, La Canal, Castilla, Merinidad de Castilla la Vieja, El Condado, Cuartango/Koartango, El Ducado, Extremadura, El Extremo, Francia, Vélez de la Gomera, La Guareña, La Jara, La Jovada/La Chovada, León, La Litera/La Llitera, El Maestrazgo/El Maestrat, Mallorca, La Mancha, La Marca, La Mata, Mena, Monegros/Monegres, Monte Aragón, Moraña, El Pan y El Vino, Rioja, La Sagra, La Serena, Sobrarbe, (La) Solana, La Sonsierra, Treviño. Los artículos constan de las siguientes partes : 1) lema (Monegros/Monegres), 2) lista de los topónimos determinados con indicación de la provincia a la que pertenecen (La Cartuja de Monegros [Huesca], Castejón de Monegros [Huesca], Pallaruelo de Monegros [Huesca]), 3) descripción de la situación y ámbito de referencia en diacronía y sincronía, 4) etimología, 5) análisis de las características diacrónicas y sincrónicas de la determinación de los topónimos en cuestión. El autor dedica especial atención a la etimología de los corónimos incluidos en la parte lexicográfica examinando críticamente las propuestas etimológicas presentadas hasta la fecha. Un aspecto muy positivo es la inclusión de los étimos árabes en su forma original acompañada de la transcripción correspondiente. En algunos casos de etimologías controvertidas (por ejemplo La Mancha), C.W. se limita a exponer las opiniones existentes al respecto sin decidirse explícitamente por una etimología determinada. La amplia bibliografía (p. 448-485) está dividida en cuatro secciones. La primera contiene los repertorios de nombres utilizados (« 1. Namenrepertorien »), la segunda mapas y atlas (« 2. Karten und Atlanten »), la tercera las monografías, enciclopedias y diccionarios consultados (« 3. Sekundärliteratur, Wörterbücher und enzyklopädische Lexika ») y la cuarta las fuentes historiográficas y literarias (« 4. Historiographische und literarische Quellen »). El índice de nombres (« 1. Geographische, Personen- und Völkernamen », pp. 488–563) y el índice de autores (« 2. Autoren [Auswahl] », pp. 564–568) resultan muy útiles para el lector de la obra. La monografía de C.W. constituye una valiosa aportación a la investigación de la toponimia española. Las frecuentes referencias al fenómeno de la determinación de topónimos en distintos sistemas onomásticos (catalán, gallego, vasco, portugués, francés, italiano, rumano, alemán, inglés, polaco, checo), especialmente en la parte teórica, hace que la obra de C.W. sea también de interés para los estudiosos del tema en otros ámbitos lingüísticos.